• Claudine Deslandres

Burn-out, bore-out, brown-out : ça chauffe*

Dernière mise à jour : 21 août


Nous sommes au cœur de l'été : est-ce pour vous une période de détente, de repos ou bien de surchauffe ? ☀️ ⛱


J'écris ce message en août 2022, à l'heure ou les incendies dévorent la nature, ravagent les infrastructures, bouleversent l'économie, épuisent les pompiers, désolent des familles, inquiètent les maires, menacent le patrimoine et compromettent jusqu'à l'habitabilité de certains espaces.


Et si nous faisions le parallèle avec les activités professionnelles ?


* j'ai complété et développé cet article, il est désormais en trois parties :

Burn-out : la surchauffe

Bore-out : la sécheresse

Brown-out : la cohérence


Article burn-out, bore-out et brown-out


En lisant aujourd'hui cet article (merci Fanny Pegard) , à propos de ces trois expressions qui témoignent du mal-être au travail : burn-out, bore-out et brown-out, une idée a germé : établir un parallèle entre les conditions qui favorisent le dérèglement du travail et génèrent l'apparition de ces troubles, et les conditions qui favorisent le dérèglement climatique et engendrent canicules, sécheresses et incendies.




Burn-out : la surchauffe


Dans mon activité professionnelle, je reçois souvent des clients qui ont vécu un burn-out et qui s'interrogent sur la suite de leur carrière. L'épuisement professionnel est même devenu en quelque sorte un classique, dans ce contexte où les exigences s'accroissent alors que les budgets se réduisent et que les délais se raccourcissent (je schématise à peine).


L'année dernière, j'ai mené un bilan de compétences avec une cliente qui avait vécu non pas UN, mais DEUX burn-out.


Et j'ai démarré une nouvelle mission cette année, avec une autre cliente qui elle aussi a vécu DEUX burn-out*


Cela m'interpelle... que se passe-t-il donc ?



Et j'en suis venue à l'observation suivante :


À chaque bilan de compétences - souvent aussi en coaching classique - je propose un questionnaire pour identifier les principaux Drivers de mes clients.


Les Drivers sont des sortes de messages contraignants qui influencent la plupart de nos comportements, voire qui nous placent parfois en pilotage automatique sur certains aspects. Ils sont connus pour avoir été répertoriés par Taibi Kahler en Analyse Transactionnelle.



Or, il se trouve que chacune de ces deux clientes venues en bilan de compétences après DEUX burn-out, détient la combinaison de ces deux messages contraignants : le "fais plaisir" et le "sois fort".




  • D'un côté, leur driver "fais plaisir" les incite à répondre à l'injonction "tu dois être serviable, tu peux te charger des tâches d'autrui, tu dois faire le maximum pour être utile à l'entreprise" , ce qui entre en résonance avec leur générosité et leur conscience professionnelle.


  • De l'autre côté : leur driver "sois fort" les empêche de prendre suffisamment en compte leurs propres besoins car elles ont tendance à obéir à l'injonction "tu ne dois pas te plaindre, tu es forte, il suffit de serrer les dents et ça va passer", ce qui renforce leur engagement.


Autant dire que la conjonction des deux aboutit à une pression permanente.


Offrir des fleurs ET se battre.


En même temps.





La personne peut se retrouver dans une situation impossible, en accumulant les responsabilités, les tâches, y compris celles pour lesquelles elle n'est pas missionnée mais qu'elle se doit d'accepter tout de même - ou qu'elle a à cœur d'effectuer tout de même et qu'elle prend en charge spontanément.




Une de ces clientes m'a confié que, après burn-out n°1 et avant burn-out n°2 :


"J'ai voulu me prouver que je pouvais tout donner".



Les personnes qui sont dans ce cas-là parviennent à la surchauffe : emploi du temps blindé, charge mentale maximale, accumulations diverses. Certaines se coupent peu à peu de leurs activités sociales ou sportives ou associatives, rognent sur le temps alloué à la famille, et j'entends souvent des phrases comme "je n'ai pas le temps", ou "si je termine ou tel dossier ce soir, eh bien au moins ça sera fait" . En négligeant ainsi leurs propres besoins, elles préparent le terrain au burn-out. Car il est bien évident qu'après avoir bouclé ce dossier ce soir, il sera question d'en boucler un autre demain ou la semaine suivante, de préparer la prochaine réunion etc. et que le temps dédié au ressourcement ne se présentera jamais.

D'autres multiplient les casquettes et acceptent des responsabilités dans diverses activités, ajoutant ainsi des contraintes supplémentaires à un job de cadre déjà bien prenant.


C'est tout à fait possible quand on possède une bonne puissance de travail, une organisation qui tient la route, qu'on éprouve du plaisir à être actif et que l'on est capable de ménager aussi des temps de pause.


Dans le cas contraire : la motivation, le dynamisme et la compétence ne suffiront pas à maintenir le rythme effréné bien longtemps. La frontière entre hyperactivité et surmenage s'avère parfois bien mince.




Tout comme il est essentiel d'entretenir la forêt, de ménager des zones coupe-feu, de prévoir une veille active pour circonscrire rapidement les petits départs de feu avant qu'ils n'évoluent en brasiers incontrôlables : il est nécessaire dans nos activités professionnelles de préserver une hygiène de vie qui nous protège et de veiller à détecter les signes avant-coureurs de la surchauffe avant qu'elle n'évolue en burn-out.


Faute de quoi : à un moment, eh bien il faudra employer les grands moyens, mobiliser les ressources d'urgence pour éteindre les brasiers et s'assurer que l'incendie ne couve pas encore, invisible sous la surface, prêt à repartir encore plus violemment comme c'est le cas ce jour en Gironde : et cela s'avère coûteux en terme de temps, d'énergie, de douleur et de conséquences - aussi bien pour la forêt qui brûle, que pour nos organismes et nos cerveaux éprouvés par un premier burn-out, puis par le deuxième.




Bore-out : la sécheresse en cause


Que se passe-t-il en cas de bore-out ? Dans ce cas, c'est la pauvreté du contexte professionnel qui épuise les salariés. Parmi les clients avec lesquels je mène le parcours IKIGAI figure une bonne proportion de personnes qui s'ennuient.


Ces personnes manquent de défis à relever, elles manquent d'occasions de frotter leur intelligence à celles de leurs collègues ou de leurs pairs, elles manquent de contacts qui puissent les nourrir, elles manquent d'objectifs appétissants... alors qu'elles pourraient étinceler si elles étaient placées en situation de mener des projets innovants, de trouver des solutions originales ou si elles comptaient parmi leurs boss ou leurs collègues des personnes aussi curieuses et engagées qu'elles-mêmes peuvent l'être quand elles se saisissent d'un sujet à bras-le-corps.



Comme dans la nature, en sorte : de la diversité naît la richesse, ce qui est routinier épuise ou stérilise, et la circulation de l'eau comme la circulation des idées est essentielle pour la croissance. Maintenir des conditions fertiles, c'est aussi permettre aux racines de mieux fixer et retenir le sol. Sans nutriments, pas de racines, et sans racines : le sable s'envole au moindre coup de vent.


Tout comme les talents que l'entreprise est incapable de retenir.




En illustration, je place ici cette photo de notre spathiphyllum, qui est chez nous depuis des années.

Il était arrosé et rempoté régulièrement, et nous l'avions disposé dans un endroit lumineux : mais il se contentait de se maintenir en vie, sans se développer et il n'avait jamais fleuri 😕


Nous l'avons installé à un autre endroit de la maison, entre un kantia et une fougère : une semaine plus tard il nous offrait sa première fleur (vous la voyez ici en blanc) et depuis, il multiplie les pousses 🌿.


Un changement de contexte, d'environnement peut tout changer 🤗


Même quand on pense objectivement être bien installé, bien traité, bien nourri : parfois il manque le petit truc essentiel qui fait qu'on peut passer du simple état "je végète confortablement" à l'état merveilleux "je multiplie les nouvelles pousses et mes fleurs s'épanouissent".


Leurs capacités étant sous-employées : la sécheresse de leur environnement les conduit à se ratatiner insidieusement... car, pour ces personnes-là : elles ne sont pas capables de se contenter de végéter confortablement.


Il leur faut plus.


Quand leur contexte ne leur fournit pas ce "plus" : elles ont le choix entre s'étioler, ou bien changer de contexte - et donc d'employeur.




Brown-out : la cohérence


Dans le cas du brown-out : au-delà de l'ennui, c'est la perte de sens qui engendre lassitude et découragement. Lorsque le contexte professionnel ne fournit pas d'explication sur l'utilité des tâches à effectuer, qu'il n'apporte pas d'éclairage quant au "pour quoi" de la mission : alors, à quoi bon se donner de la peine ?


Une impression tenace s'incruste alors : que le travail soit effectué ou non, qu'il soit bien fait ou non, quelle différence cela fait-il ? Puisque la personne qui est en charge de ce job, ne perçoit pas quel bénéfice un consommateur ou un usager pourra en tirer ?


Le sens, c'est aussi la direction.

Comment percevoir la pertinence d'une action, si on ne peut pas percevoir sa finalité ?



Le sens, c'est aussi la cohérence avec le fameux "Ce dont le monde a besoin" qui constitue l'un des pôles du concept de l'Ikigai.


Si vous effectuez avec compétence une tâche que vous aimez faire et pour laquelle vous êtes rémunéré, mais sans avoir la conviction qu'elle rejoint une partie des attentes et besoins de la société qui vous entoure : alors s'installe un sentiment d'inutilité.




Certains s'en contentent (job alimentaire), d'autres s'y ennuient. Quelques-uns le refusent tout simplement, préférant se mettre en quête d'une activité qui soit selon eux davantage reliée aux exigences et défis du monde d'aujourd'hui.


C'est ainsi qu'ils se sentent "alignés", dans la mesure où ils désirent faire correspondre leurs actions à leurs convictions. Lorsque j'accompagne ces personnes, je suis frappée par l'importance que revêt pour elles le fait d'identifier comment ils peuvent contribuer, quelle différence ils envisagent d'apporter - même si cette différence peut paraître modeste : c'est la leur, cela porte leur patte et c'est important pour elles.


Et, si on transpose à l'actualité brûlante de ces derniers mois ?


Par exemple, on pourrait imaginer, dans le domaine de la couture, une personne qui ait participé à la confection des costumes portés pour le défilé d'Yves Saint-Laurent dans le désert.



Je suis encore tellement sous le choc de cette absurdité que je vous propose le lien vers cet article qui détaille ce truc de fou, résumé ainsi :


Dans le désert marocain d’Agafay, Kering a organisé un show pour le défilé masculin, route de 6 kilomètres pour accéder au site, avec arrosage quotidien, bâtiments éphémères, climatisations et espace VIP, Stargate de 12 tonnes, construction d’une piscine pour accueillir le catwalk nécessitant 50 camions de 10m3 pour la remplir, soit près de 500 m3 dans une région désertique alors même que le risque d’assèchement des puits était réel durant cette période. Ceci sans compter l'impact démentiel engendré par les déplacements en jet et l'accueil des invités, pour un quart d'heure de spectacle.


Peut-être que ce défilé a été orchestré et mené à bien par des personnes qui sont attachées à l'exploit, au dépassement de soi, qu'elles se sont régalées à relever un défi grandiose, à réaliser l'impossible et qu'elles se réjouissent des retombées financières futures.


En tout cas : ces vues sont sublimes et la prouesse est réelle. Je les aurais probablement appréciées, ces images, si elles avaient été tournées dans les années 80.


Mais...


Regarder aujourd'hui de jeunes messieurs décharnés qui affichent une mine boudeuse alors qu'ils portent des pelisses et des écharpes en plein désert : ces images me semblent incongrues, d'autant plus que je les juxtapose à celles des catastrophes en série que nous subissons en Europe (et qui ont naguère été subies par les populations, la faune et la flore en Australie, en Californie, au Canada ou en Inde).


Et que dire des paragraphes affichées en exergue après un zoom sur ce centre d'eau et qui commencent par : "we think of life as an inexhaustible well" (nous considérons la vie comme un puits inépuisable). Cela résonne en moi comme une provocation, tellement éloignée de mes convictions, qu'elle me paraît inacceptable.


Alors... peut-être aussi que la personne qui a assemblé les costumes, si elle n'est pas complètement en phase avec l'intention et la finalité de ce show, se sentira affreusement mal d'avoir été complice d'un événement qu'elle percevra comme dramatiquement écocide et déplacé ?



La Loire en août 2022
La Loire en août 2022

Surtout en ces circonstances, à l'été 2022 alors que l'énergie est chère et devient rare - à tel point que le gouvernement nous conseille de limiter notre consommation d'énergie sous quelque forme que ce soit - que les fleuves et lacs s'assèchent en France, que les agriculteurs voient leurs récoltes brûler et que les éleveurs décident d'abattre leur cheptel car l'herbe censée nourrir les bêtes ne pousse pas.






Peut-être que cette personne-là se sentirait davantage utile, qu'elle aurait l'impression de pouvoir faire une différence et contribuer aux "besoins du monde" , si son travail consistait à assembler les tenues des pompiers plutôt que celles des mannequins ?


Ce n'est qu'une hypothèse.


Je pourrais aussi imaginer que certaines des personnes qui ont contribué au succès des JO d'hiver de Pékin sur neige artificielle se sentiraient davantage "alignées" en développant le ski sur herbe en France, en faisant la promotion de la pétanque en lieu et place du curling.


Voire, que les personnes qui préparent la climatisation des stades de la future Coupe du Monde de Football au Qatar, préfèreraient peut-être imaginer des innovations pour rafraîchir des bâtiments de façon naturelle (végétalisation etc) ou même concevoir des bâtiments à énergie passive.






🏖 Si vous êtes actuellement en mode détente et repos :

je vous souhaite un bon été ressourçant 😎


Et, si vous êtes en mode combustion 🔥 , en mode ennui ⏳ ou incohérence 🤔 :


Alors, rencontrons-nous ! De préférence avant que votre mal-être au travail ne se transforme en burn-out, en bore-out ou en brown-out.


La prise de contact est offerte.




* Précision : ces deux personnes ont mené leurs bilans de compétences APRÈS avoir bénéficié d'un arrêt de travail, puis d'un soutien psychologique sérieux, et APRÈS avoir repris une activité professionnelle. Un bilan de compétences ou un parcours Ikigai ne peut pas être effectué quand on est au coeur de cette tempête qui bouscule à la fois le corps et le mental : mon métier c'est le coaching, pas la thérapie.





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