2 août 2017, Jour de Dépassement

August 2, 2017

 

Selon les estimations du Global Footprint Network, en ce 2 août, au niveau mondial nous aurons dépassé les ressources que la Terre peut produire en une année en terme de pêche, d'élevage, de culture, d'eau.

 

La mauvaise nouvelle, c'est que ce jour intervient chaque année plus tôt.

La bonne nouvelle, c'est que l'on constate un ralentissement de cette course folle, qui nous conduit maintenant à consommer 1,7 Terre, alors que nous n'avons qu'une seule planète pour nous héberger et nous nourrir. Il devient urgent de trouver les moyens de diminuer notre empreinte écologique.

 

Lorsque des députés exposent à l’Assemblée Nationale plusieurs denrées alimentaires censées illustrer ce que représente un panier de courses valant 5 euros, ils passent sous silence le fait que, si nous pouvons en effet acquérir ces aliments pour 5€, leur coût réel est beaucoup plus élevé.

 

Dans cet étalage de victuailles « premier prix » , on distingue du pain de mie, de la sauce tomate, des pâtes, des légumes verts en boîte.

 

Prenons l’exemple de la sauce tomate : on peut supposer qu’elle est composée de tomates, d’aromates, peut-être de viande hachée, et d’additifs.

 

Passons sur le faible intérêt nutritionnel de ces sauces industrielles, sur leur faible apport en vitamines, sur leur probable forte teneur en additifs potentiellement néfastes à la santé des consommateurs, et posons-nous ces questions : 

 

  • où poussent ces tomates ? 

  • d’où proviennent les aromates ? 

  • de quelle sorte de protéines animales s’agit-il au juste ? 

  • où ce produit est-il cuisiné ? 

  • comment est-il acheminé ?

 

Mes questions sont naïves… car vous en connaissez déjà les réponses.

Ces ingrédients ne proviennent pas de France.

Le seul critère pour les sélectionner afin qu’ils remplissent ce bocal de sauce tomate premier prix, c’est qu’il doivent être produits au plus bas coût possible.

 

Par exemple il est probable que la « viande de boeuf » ne consiste qu’en de faibles traces de chair voire de tendons, raclées sur les os de pauvres bêtes dont je préfère ignorer les conditions d’élevage et d’abattage.

Il est probable que les tomates ne sont pas de premier choix (bon, admettons, après tout ce n’est pas un problème d’utiliser des tomates un peu trop mûres ou mal calibrées, puisqu’il s’agit de les réduire en sauce) et qu’elles sont cultivées par des travailleurs non déclarés, mal logés, mal soignés, mal protégés des intempéries, pas assurés contres les accidents du travail.

Il y a fort à parier que pour faire pousser lesdites tomates, souvent hors saison, il a fallu employer des pesticides, des engrais, puiser dans les nappes phréatiques, déployer des kilomètres de plastique pour les protéger sous serre. 

Il est probable que les camions acheminant les tomates ont parcouru des centaines voire milliers de kilomètres, conduits par des chauffeurs sur-exploités.

 

Et, oui, si ces bocaux de sauces sont commercialisés à un prix si bas, c’est que l’addition des méthodes employées pour les produire, les transformer et les transporter vont contribuer à affaiblir un grand nombre d'êtres humains qui ont participé à leur élaboration, car :

 

le prix que vous refusez de payer, quelqu’un d’autre s’en acquitte.

 

Selon les cas, il s’agira d’un paysan de l’autre bout du monde, qui cultivera des fruits ou des légumes destinés à l’exportation, l’empêchant ainsi lui et sa famille de vivre de la production vivrière traditionnelle locale (l’ahurissante histoire des tomates du Ghana), ou bien un travailleur non-déclaré qui n’aura aucune protection sociale ni perspective de retraite, ou encore un pêcheur exploité sur un bateau vétuste, qui trimera dur dans des conditions d’hygiène et de confort épouvantables, voire un enfant qui devra fabriquer vos vêtements au lieu d’aller à l’école.

 

Le souci, c’est que vous et vos enfants finirez toujours par payer le prix fort.

En fait, vous le payez déjà.

 

Ces circuits de production et de transformation sont imaginés selon des perspectives de profit simplistes à court terme, qui dénient le simple bon sens et engendrent désorganisations, pollutions, corruptions, casse sociale. 

Or, vous en subissez les répercussions de plein fouet :

  • par exemple l'appauvrissement des sols ou la raréfaction de l’eau douce dans des pays qui vous semblent lointains, ou bien la corruption généralisée, se traduisent en conflits locaux, qui peuvent se traduire en mouvements migratoires. 

  • Les milliers de kilomètres parcourus par les avions et camions transportant des denrées qui pourraient être produites localement, contribuent à épuiser les réserves d’énergies fossiles, accélérer l’effet de serre, aggraver la détérioration du réseau routier et augmenter la pollution sonore et visuelle. 

  • Les équilibres écologiques sont bouleversés, influant sur les transformations climatiques y compris en France, ce qui engendre des dégâts considérables dans les filières historiquement rentables (voir les dégâts de la grêle ou des inondations ou de la sécheresse sur l’agriculture et la viticulture françaises par exemple) et compromet notre balance commerciale donc compromet notre indépendance économique.

Ces modes de production aberrants, ce sont eux qui :

  • amplifient et accélèrent (quand ils n’en sont pas à l’origine) la précarité des agriculteurs proches de chez vous et fragilisent notre propre tissu social

  • condamnent les producteurs et éleveurs français à survivre grâce aux aides plutôt que de vivre convenablement de leur travail

  • réduisent des travailleurs pauvres et des demandeurs d’emploi à survivre grâce aux aides plutôt que de trouver des emplois corrects par exemple dans les filières de production ou transformation ou commercialisation 

Par exemple, lorsque nous allons nous approvisionner au supermarché, on peut observer que :

 

les herbes fraîches (ciboulette, persil) sont conditionnées sous barquette plastique, protégées par un film plastique, et proviennent d’Israël par avion. Les oignons jaunes sont produits en Nouvelle-Zélande. Les gousses d'ail ont poussé en Espagne ou en Argentine. Les pommes arrivent du Chili. 

Et là je ne mentionne pas les produits « exotiques » nécessairement cultivés sous un climat différent du nôtre et qu’il paraît justifié d’importer, comme le café ou les ananas ! (soi dit en passant, les kiwis poussent très bien France et même en Île-de-France, donc pourquoi leur faire parcourir la moitié du monde en les important de Nouvelle-Zélande, les olives poussent au sud de la France et pas seulement en Turquie, idem pour les citrons, etc etc)

 

Il existe autour de chez vous, dans un rayon de 10 à 50km maximum, des personnes qui produisent des tomates ou des pommes, de la ciboulette ou du persil, des oignons ou de l’ail. Même dans les grandes villes, même à Paris, vous pouvez trouver des circuits d’approvisionnement plus respectueux et surtout moins coûteux. Le fait de s’approvisionner localement, en consommant la production de saison, produite par des moyens raisonnés, non ça ne coûte pas plus cher, non ce n’est pas une lubie de bobo fortuné : c’est un mode de consommation qui refuse que ces articles « premier prix » contribuent à nous coûter l'érosion de nos emplois, notre protection sociale, notre santé, notre filière agricole, notre paysage... l’accroissement du gouffre de la sécu, des aides abyssales à des filières devenues précaires alors qu'elles possèdent tous les atouts pour être rentables, et compromettre l’avenir de nos enfants.

 

Le problème c’est que ces courses ne valent que 5€, mais nous coûtent bien davantage.

 

Si nous évaluions leur coût selon le RIESE (Retour sur Investissement Economique Social et Ecologique) que prône par exemple Yannick Roudault, leur coût serait exorbitant, bien au-delà de nos moyens.

 

Il m'est arrivé d'acheter des produits comme ceux-là, sans prendre conscience que je devrais alors "calculer le nombre de pauvres supplémentaires que (ces méthodes allaient) fabriquer", comme l’énoncent les députés qui exhibent ces conserves en prétendant ainsi défendre la cause des personnes aux revenus modestes. Peut-être serions-nous mieux inspirés de placer dans nos cabas des denrées pas forcément bio mais au moins équitables ou locales ou saisonnières, plutôt que ces emblèmes de la mondialisation mercantile, qui non seulement nous empoisonne avec des aliments de qualité médiocres, mais ruine les économies locales ici ainsi que sur les autres continents, aggrave les inégalités et compromet le développement harmonieux de filières pourtant rentables et sobres en énergie - un argument qui apparaît essentiel alors que le jour auquel l’humanité a consommé les ressources renouvelables par la planète en un an est atteint cette année le 2 août, c’est-à-dire encore un jour plus tôt que l’année précédente.

 

 

Mise à jour le 27 septembre 2017 : diffusion d'un reportage de Cash Investigation

relatif aux conditions de travail chez Lidl ou Free.

 

Mise à jour le 25 mars 2018 : interview Thinkerview de Natacha Polony

"Chacun est parfaitement capable de regarder enfin les étiquettes des produits qu'il achète"

 

 

 

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